Depuis la mi-janvier 2026, les autorités guinéennes ont lancé une vaste opération de déguerpissement, le long des principaux axes routiers de Conakry. Si l’initiative vise à libérer les emprises publiques, améliorer la circulation et renforcer la sécurité routière, sa mise en œuvre suscite de vives inquiétudes sociales et économiques, notamment pour les acteurs du secteur informel.
Par Habib Tapha Sylla
Une opération d’urbanisme et de sécurité publique
Les autorités de Conakry ont relancé une vaste campagne de déguerpissement dans le Grand Conakry, ciblant les occupations jugées anarchiques des espaces publics : étals débordant sur la chaussée, installations commerciales illégales, occupations des trottoirs, caniveaux et zones à risque.
Selon un communiqué de la Direction générale de la Police nationale, ces opérations visent à libérer les voies de circulation et réduire les risques d’accidents routiers. Dans plusieurs quartiers, la présence de commerces installés sur la chaussée entrave la fluidité du trafic, aggrave les inondations en obstruant les canaux d’évacuation et pose de sérieux problèmes de sécurité publique.
À plus long terme, les autorités estiment que cette initiative pourrait favoriser une meilleure organisation de l’espace urbain, améliorer l’assainissement et poser les bases d’un développement urbain plus durable.

Des méthodes jugées brutales et peu inclusives
Malgré ces objectifs affichés, la méthode employée est vivement critiquée. De nombreux commerçants, artisans et ménages affirment avoir été déguerpis sans préavis suffisant, sans concertation préalable ni solutions alternatives de relogement ou de réinstallation économique.
L’absence de sites de repli aménagés accentue la vulnérabilité des populations touchées, majoritairement issues du secteur informel. Dans plusieurs communes du Grand Conakry, les marchés officiels sont saturés depuis des années. Faute de places disponibles, la rue devient un espace de survie économique, malgré les risques d’accidents, de saisies et d’expulsions répétées.
Comme en témoigne Aïssatou Condé, vendeuse de légumes : « J’ai cherché une place au marché pendant longtemps. On me dit toujours qu’il n’y a plus de tables disponibles. Certains en ont plusieurs, pendant que nous, on est obligés de rester sur la route ».
Un impact économique immédiat et potentiellement durable
Sur le plan économique, la vague de déguerpissements entraîne une perte brutale de revenus pour des milliers de petits commerçants. La fermeture forcée de points de vente réduit la consommation locale, perturbe les circuits d’approvisionnement et accentue le chômage urbain.
D’après nos sources, de nombreux commerçants n’auraient pas été informés à l’avance, entraînant la perte de marchandises, faute de temps pour les évacuer. Cette situation pourrait avoir un impact direct sur les prix des produits de première nécessité.
À court terme, ces déguerpissements pèsent sur le dynamisme économique du Grand Conakry. À plus long terme, sans mesures d’accompagnement adaptées, ils risquent d’élargir le secteur informel, de réduire la base fiscale et d’exacerber les tensions sociales.

Une pression accrue sur les prix à l’approche du Ramadan et du carême
Cette opération intervient dans un contexte particulièrement sensible. Les périodes du Ramadan et du carême sont traditionnellement marquées par une hausse des prix des denrées alimentaires, en Guinée. La désorganisation du commerce de détail, combinée aux pertes de stocks subies par les vendeurs, pourrait accentuer cette tendance cette année, au détriment du pouvoir d’achat des ménages.






























