La Guinée s’apprête à franchir un cap important dans sa gestion des finances publiques. À partir de 2026, le pays mettra officiellement en œuvre le budget-programme, un mode de gestion qui lie chaque dépense publique à un objectif mesurable. Une réforme qui vise à améliorer la performance, renforcer la transparence et garantir une meilleure utilisation des ressources de l’État.
Fini les enveloppes budgétaires globales sans indicateurs clairs. Dès 2026, chaque franc engagé par l’État devra répondre à une logique de performance. Par exemple, il ne s’agira plus d’allouer un montant à la santé de manière générale, mais de viser une réduction précise de la mortalité infantile ou une hausse du taux de couverture vaccinale.
Ce basculement vers le budget-programme marque une rupture avec l’approche traditionnelle fondée sur les moyens. L’idée centrale est d’affecter les ressources de l’État selon des programmes précis, assortis d’objectifs chiffrés et d’indicateurs de suivi. Chaque ministère devra rendre compte de ses résultats.
La réforme s’inscrit dans le cadre de la vision stratégique Simandou 2040, qui ambitionne de faire de la Guinée un État plus souverain économiquement, plus performant et plus proche de ses citoyens.
Pour préparer cette transition, le ministère du Budget a multiplié les initiatives :
Les formations ciblées : depuis le 2 juin 2025, plus de 50 cadres suivent une formation intensive sur la gestion axée sur les résultats, avec l’appui du cabinet sud-africain Genesys Analytics et de Internale Consulting.
Le renforcement du cadre légal : la Loi organique relative aux lois de finances (LOLF), adoptée en 2012, ainsi qu’un décret sur la gouvernance budgétaire promulgué en 2014, offrent une base juridique solide.
La mise en place d’outils modernes : le Document de programmation budgétaire pluriannuelle (DPBEP) est devenu obligatoire. Une plateforme numérique dédiée à l’élaboration du budget (PLEB) est opérationnelle. Un manuel de statistiques des finances publiques a aussi été adopté.
La concertation sectorielle : un atelier stratégique a réuni à Coyah 11 ministères clés pour harmoniser les méthodes et valider les documents de cadrage.
Le partage d’expériences africaines : des experts béninois ont été invités, dont Rodrigue Chaou, Directeur général du Budget du Bénin, qui a partagé les leçons apprises dans la mise en œuvre de ce modèle dans son pays.
Ce changement devrait se traduire par des dépenses publiques mieux ciblées, des résultats visibles dans les secteurs sociaux, une réduction des gaspillages, une meilleure redevabilité et une hausse de la confiance entre l’État et les citoyens.































