Alors que l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 approche à grands pas, la campagne électorale connaît ces derniers jours, une accélération visible sur l’ensemble du territoire guinéen. Les neuf candidats en lice, dont les noms ont été officiellement enregistrés, déploient désormais des stratégies de terrain pour séduire un électorat diversifié. Ce week-end s’annonce particulièrement mouvementé, marquant le début des temps forts de la campagne.
Si Mamadi Doumbouya et Abdoulaye Yéro Baldé polarisent l’attention, d’autres candidats pourraient jouer les trouble-fêtes ou recueillir un vote protestataire significatif. Trois profils se distinguent :
Les Technocrates (Faya Lansana Millimono et Mohamed Nabé) : Leur succès dépendra de leur capacité à « descendre dans l’arène », à simplifier leur discours et à créer un lien émotionnel avec les électeurs, au-delà des cercles urbains éduqués. Une alliance ou un ralliement de dernière minute pourrait changer la donne.

La Candidate Femme (Makalé Camara) : Elle pourrait bénéficier d’un effet de symbole et d’un vote de conviction, notamment chez les femmes et les jeunes diplômés, si elle parvient à incarner une alternative crédible et non une simple caution paritaire.

L’Entrepreneur Pragmatique (Ibrahima Abé Sylla) : Dans un contexte de crise économique, son discours de gestionnaire expérimenté pourrait gagner en audience, s’il arrive à le rendre plus accessible et à se démarquer clairement du pouvoir sortant.
L’enjeu de cette élection réside moins dans une victoire annoncée que dans la crédibilité du processus, l’ampleur de la participation et la capacité du futur président à unifier un pays aux profondes divisions sociales, régionales et générationnelles.
Une effervescence visuelle et sonore
Dans la capitale Conakry, comme dans les chefs-lieux régionaux, l’élection s’affiche au grand jour. Les affiches électorales des candidats ont fait leur apparition sur les murs, les panneaux publics et les principaux carrefours. Le visage du général Mamadi Doumbouya (GMD), en tenue civile, côtoie celui d’Abdoulaye Yéro Baldé (FRONDEG), chaque portrait accompagné de slogans appelant au vote et au changement.

La mobilisation prend également la route. Dans plusieurs régions, notamment en Basse-Guinée et en Moyenne-Guinée, des voitures et camionnettes décorées aux couleurs des partis sillonnent les villes et les villages. À Kindia et Labé par exemple, des véhicules arborant des drapeaux et des portraits géants des candidats circulent en convoi, diffusant des messages de campagne à travers des haut-parleurs. Cette stratégie de proximité vise à toucher des électeurs parfois éloignés des grands rassemblements.
Ce week-end, l’ambiance devrait atteindre son paroxysme avec l’arrivée des traditionnels camions-sono. Déjà attendus dans plusieurs quartiers de Conakry et dans des villes comme Kankan et N’Zérékoré, ces véhicules équipés de puissantes enceintes vont diffuser des hymnes de campagne, des discours enregistrés et des musiques engagées, transformant la campagne en une véritable fête populaire. Cette atmosphère de carnaval électoral apporte une certaine gaieté et une respiration dans le quotidien des guinéens.
Quelques exemples de candidats sur le terrain
Si la capitale concentre une grande partie de l’activité, les candidats multiplient aussi les déplacements en région pour assoir leur ancrage local.
Entre le 14 et 17 décembre 2025, le directoire de campagne du parti GMD, du président Mamadi Doumbouya, a rencontré les communautés de N’Zérékoré, de Boffa, Boké, de Kamsar, de Labé, de Pita, Guéckédou et de Dubréka, pour rappeler toutes les actions menées par leur candidat, en faveur du développement du pays.

En parallèle, le candidat du FRONDEG Abdoulaye Yéro Baldé, a fait le tour de la Guinée, en se rendant dans les villes de Mamou, de Kissidougou et de Macenta, afin de présenter les priorités majeures de son projet politique, du 16 au 17 décembre 2025.

Par ailleurs, Elhadj Bouna Keïta, Président du RGP, s’est rendu dans les préfectures de la haute Guinée notamment Kérouané, Banankoro, Faranah, et Dinguiraye, le 15 et le 16 décembre. Alors que la présidente du FAN Makalé Camara, a tenu des meetings dans les villes de Labé, Mamou et Kankan, du 14 au 17 décembre.

Festivité oui, mais débat d’idées non ?
Derrière cette effervescence colorée et sonore, un constat s’impose et commence à faire murmurer observateurs et citoyens avertis : le débat sur les projets de société fait cruellement défaut.
Si les rues résonnent de musiques et les murs se parent de visages souriants, les plateaux de télévision et les studios de radio restent étrangement silencieux sur le fond. Aucun débat contradictoire d’envergure n’a encore été organisé entre les candidats pour confronter leurs programmes sur des sujets cruciaux : l’emploi des jeunes, la stabilité économique, la réconciliation nationale, les réformes institutionnelles ou la souveraineté alimentaire.
Cette absence de dialogue et la capacité à comparer, à questionner et à choisir en toute connaissance de cause. Beaucoup s’interrogent : la campagne se réduira-t-elle à une bataille d’images et de slogans ?





























