La région de Boké, est en train de devenir un nouveau hub pour les réseaux de passeurs. Trois embarcations en partance pour l’Espagne ont été interceptées ces derniers mois au large des côtes guinéennes, dévoilant l’existence d’une route maritime encore méconnue. Ces tentatives traduisent une mutation des itinéraires migratoires en Afrique de l’Ouest, où les côtes guinéennes, longtemps en marge du phénomène, semblent désormais attirer l’attention des trafiquants.
Par Djibril Diarso
Si jusqu’ici la majorité des départs vers l’Europe s’effectuaient par la Libye, le Maroc ou le Sénégal, l’apparition d’embarcations clandestines depuis Boké marque une évolution inquiétante. La région, en pleine effervescence économique avec l’exploitation minière, abrite aussi des communautés vulnérables, exposées aux discours des passeurs qui promettent l’Eldorado européen.
Une évolution préoccupante révélée par le procureur de Boké Amadou Oury Diallo, qui évoque l’interception de trois embarcations entre avril et juillet 2025, toutes parties de débarcadères artisanaux de Kamsar, en direction des îles Canaries, porte d’entrée vers l’Union européenne.
Près de 200 personnes, dont des femmes, des enfants et de nombreux jeunes, ont été interpellées avant leur embarquement. Les migrants étaient regroupés dans une cour, surveillée par un réseau structuré de passeurs. Les montants versés témoignent d’un trafic lucratif : entre 15 et 20 millions de GNF (environ 1 300 à 1 700 USD) sont exigés par passager.
Une nourrice explique avoir effectué un virement de 20 millions GNF à un numéro inconnu avant d’être transportée à moto avec ses enfants jusqu’au lieu de rassemblement. Un autre migrant affirme avoir été conduit depuis le marché Sahara de Kamsar vers une cour après avoir payé 15 millions GNF.
Ces opérations confirment un glissement géographique du phénomène migratoire. Alors qu’en 2023, près de 40 000 migrants ouest-africains avaient rejoint l’Europe via la route méditerranéenne, l’itinéraire atlantique, plus risqué mais moins surveillé, connaît un regain d’intérêt. Selon l’OIM, plus de 7 000 migrants africains ont tenté de rejoindre les Canaries au premier semestre 2025, un chiffre en hausse de 20 % par rapport à l’an dernier.
Pour les autorités guinéennes, l’enjeu est double : démanteler les réseaux locaux et endiguer un phénomène qui expose des centaines de citoyens aux dangers de la mer. « Les auteurs, co-auteurs et complices de ces actes répondront de leurs faits devant la loi », a martelé le procureur Diallo.
Ce basculement vers les routes maritimes pose un défi de sécurité et de gouvernance dans une région déjà marquée par l’exploitation minière, la pauvreté et le chômage des jeunes — autant de facteurs qui alimentent le désir d’exil.































