Le Premier ministre, Amadou Oury Bah, vient de dévoiler une liste partielle de son nouveau gouvernement, marquée à la fois par des reconductions stratégiques et des changements à la tête de ministères clés, alors que la Guinée amorce une phase décisive de sa transformation économique vers un développement durable.
Par Habib Tapha Sylla
Mariama Ciré Sylla, la grande surprise à l’Économie et aux Finances
La principale surprise de ce remaniement reste la nomination de Mariama Ciré Sylla à la tête du ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, désormais fusionnés. Forte de plus de 20 ans d’expérience dans les domaines de l’économie et de la finance, elle a occupé plusieurs postes de haut niveau, notamment Représentante résidente du Groupe de la Banque mondiale en Namibie, Directrice pays de l’IFC au Burundi, ainsi que coordonnatrice de programmes de l’IFC pour les États fragiles.
Avant cette nomination stratégique, elle était ministre de l’Agriculture, un département où son passage a été marqué par des réformes structurantes, dont la cartographie des terres arables, la relance du secteur cotonnier et plusieurs mesures visant à améliorer les conditions de vie des agriculteurs.
À l’heure où la Guinée entre dans une phase cruciale de son développement, marquée notamment par une notation financière B+/B, susceptible de porter la croissance économique au-delà de 10 % en moyenne à partir de 2026, Mariama Ciré Sylla devra maintenir le cap. Parmi ses défis majeurs figurent la gestion du déficit de liquidité persistante, le renforcement de la gouvernance économique, ainsi que l’amélioration de la transparence fiscale, condition essentielle pour lutter contre la fraude et restaurer la confiance entre l’État et les contribuables.
Facinet Sylla, le stratège aux Infrastructures
Ancien ministre du Budget, Facinet Sylla hérite du ministère des Infrastructures, succédant à Laye Sékou Camara. Avant son passage au gouvernement, il fut administrateur suppléant au FMI depuis 2018, après une carrière solide à la Banque africaine de développement (BAD), à la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) et à l’Institut monétaire de l’Afrique de l’Ouest (IMAO) à Accra.
Dans un contexte de reconstruction nationale, le ministère des Infrastructures est l’un des piliers de la transformation économique. Facinet Sylla devra assurer la continuité de projets majeurs tels que la construction du pont de Faranah, la réhabilitation des routes nationales Labé-Tougué, Dabola-Faranah, Kankan-Kissidougou, ainsi que les axes stratégiques Mamou-Labé (RN5) et Mamou-Faranah (RN2), tout en lançant de nouveaux projets structurants.
Ibrahima Sory II Tounkara, un magistrat à la Justice
Autre nomination remarquée, celle de Ibrahima Sory II Tounkara au poste de Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme. Président du Tribunal de première instance de Dixinn depuis septembre 2022, il s’est illustré en dirigeant avec rigueur et impartialité le procès du massacre du 28 septembre 2009.
Son professionnalisme, son sang-froid et son sens de la justice ont renforcé sa crédibilité auprès de l’opinion publique. Sa nomination intervient dans un contexte de fortes attentes citoyennes en matière de sécurité, d’État de droit et de lutte contre l’impunité.
Alpha Bacar Barry, la continuité dans l’éducation
Alpha Bacar Barry prend la tête du ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle. Présent sans interruption au sein des gouvernements successifs depuis 2021, il a occupé plusieurs portefeuilles liés à l’éducation, à la formation professionnelle, à l’emploi et à l’enseignement supérieur.
Alors que le système éducatif guinéen souffre d’un déficit structurel d’investissements, notamment en milieu rural, il est attendu sur des réformes profondes pour améliorer l’accès à l’éducation, renforcer la formation technique et adapter les compétences aux besoins du marché du travail.
Patricia Lamah, un profil hybride à la Promotion féminine
Nommée ministre de la Promotion féminine, de l’Enfance et des Personnes vulnérables, Patricia Lamah affiche un parcours atypique. Juriste de formation, elle cumule près de sept ans d’expérience dans le secteur bancaire, notamment à UBA et à la BCI Guinée en tant que responsable juridique et contentieux.
Parallèlement, elle est une entrepreneure reconnue, fondatrice de Pat’s Natural Beauty, avec des salons à Conakry et Kamsar, et lauréate du concours international Koiffure Kitoko en 2018.
Elle devra relever d’importants défis, notamment l’autonomisation économique des femmes, la lutte contre les violences basées sur le genre et la promotion de l’équité dans tous les secteurs d’activité.
Bouna Sylla, la continuité stratégique aux Mines
La reconduction de Bouna Sylla au poste de ministre des Mines et de la Géologie est perçue comme une volonté claire de continuité. Sous son impulsion, d’importantes réformes ont été engagées, notamment le retrait de plus de 100 permis miniers, renforçant le contrôle de l’État sur les ressources naturelles. Deux grands projets de raffineries d’alumine ont été lancés fin 2025 : celui de la SPIC (mise en service prévue en 2028) et celui du Winning Consortium Alumina Guinea (WCAG) à Boké, visant à transformer localement la bauxite guinéenne.
Les défis à venir restent nombreux : industrialisation effective, transparence accrue, retombées économiques locales et équilibre entre attractivité des investissements et souveraineté nationale.






























