Devant le Conseil national de la transition (CNT), le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Karamo Kaba, a présenté le projet de loi de finances initiale 2026. Son allocution a dressé un tableau contrasté de la situation économique guinéenne, entre performances macroéconomiques solides et défis persistants liés à la liquidité bancaire.
Le gouverneur a d’abord rappelé un contexte international marqué par des tensions géopolitiques majeures (Venezuela, Ukraine, Moyen-Orient) ayant entraîné une flambée des prix du Brent (+58,5 % entre février et mars 2026) et des coûts du fret (+46,4 %). Malgré cet environnement défavorable, la Guinée affiche une résilience remarquable, portée par le lancement effectif du projet Simandou, le rétablissement de l’ordre institutionnel et une crédibilité financière renforcée.
Des résultats macroéconomiques en forte progression
Selon les données présentées par le gouverneur, l’économie guinéenne a enregistré une croissance de 6,6 % en 2024 et 6,9 % en 2025, avec une perspective supérieure à 8 % en 2026. L’inflation, bien qu’en légère hausse à 4,4 % en janvier 2026, reste maîtrisée sous le seuil communautaire de 5 %. Les réserves de change ont connu une progression significative, passant de 3,7 milliards USD fin 2025 (3,9 mois d’importations) à 4,5 milliards USD en 2026 (4,8 mois d’importations). Cette performance a valu à la Guinée un relèvement de sa note souveraine par Standard & Poor’s à B+ avec perspectives positives.
Liquidité bancaire : une pénurie de billets malgré les injections massives de la BCRG
Le gouverneur a toutefois alerté sur une tension persistante concernant la liquidité bancaire. Il a précisé que la BCRG a massivement injecté des billets dans le système financier, mais que sur 100 billets en circulation, seulement 4 circulent dans le circuit bancaire. Les 96 autres sont thésaurisés par le public. Cette situation est aggravée par des causes externes (contrôles CENTIF, avis à tiers détenteurs, pression liée à Simandou, difficultés d’approvisionnement en billets) et internes (retards administratifs, absence d’un switch national, vieillissement des équipements).
Pour remédier à cette crise, la BCRG propose des mesures à court et moyen terme : renforcement de la concertation, développement des paiements marchands, limitation des paiements en espèces avec un seuil, déplafonnement des transactions digitales, et campagnes de sensibilisation à l’utilisation des services financiers numériques. À long terme, le gouverneur insiste sur l’éducation financière, la réduction du coût des transactions électroniques, et la généralisation des paiements digitaux comme levier incontournable.
Un projet de loi de finances 2026 jugé solide et soutenable
Le gouverneur a salué la qualité technique du projet de loi de finances initiale 2026, avec des recettes budgétaires en forte progression (43 960 milliards GNF en 2025 contre 55 858 milliards GNF en 2026), des dépenses d’investissement priorisées (29 726 milliards GNF sur un total de 64 181 milliards GNF) et un déficit budgétaire réduit à environ 2,1 % du PIB, en ligne avec les critères régionaux.
L’allocution a également mis en avant le programme Simandou 2040, présenté comme un véritable vecteur de transformation économique, au-delà de la simple exploitation minière, à travers le développement d’un corridor d’infrastructures, le renforcement du capital humain et la diversification de l’économie.
Notons que le président de la République a élevé, par décret, le gouverneur Karamo KABA et son vice-gouverneur au rang de médaillés d’honneur du travail pour leurs valeurs professionnelles et leur rôle clé dans les infrastructures ferroviaires et portuaires du projet Simandou.






























