Le gouvernement guinéen a annoncé, il y a quelques jours, l’interdiction des sachets plastiques à usage unique, prévue pour le 20 septembre 2026. Si cette décision comporte de forts enjeux environnementaux et économiques, elle soulève aussi des inquiétudes, notamment sur les coûts pour les ménages, tout en ouvrant la voie à la structuration d’une nouvelle filière autour des emballages alternatifs, du recyclage et de l’économie circulaire.
Pendant des années, les sachets plastiques se sont imposés comme le principal emballage du commerce de proximité en Guinée. Peu coûteux et largement utilisés, ils ont toutefois contribué à l’aggravation de l’insalubrité urbaine. Chaque saison des pluies, des tonnes de déchets plastiques obstruent les caniveaux et les systèmes d’évacuation des eaux, accentuant les inondations récurrentes à Conakry et dans plusieurs villes de l’intérieur du pays. Ces phénomènes entraînent régulièrement des pertes matérielles importantes, perturbent les activités économiques et favorisent la propagation de maladies telles que le paludisme, le choléra et les infections diarrhéiques.
Face à cette situation, le gouvernement a décidé d’appliquer, à compter du 20 septembre prochain, le décret portant interdiction de la fabrication, de l’importation, de la commercialisation et de l’utilisation des emballages et objets plastiques à usage unique. Dans cette perspective, la ministre de l’Environnemen Djami Diallo, a échangé le 16 juin avec son homologue de l’Industrie Fatima Camara et les acteurs clés touchés par cette réforme, afin d’accélérer la mise en œuvre de cette réforme et d’accompagner la transition vers des solutions alternatives.
Une transition qui provoque déjà des tensions sur le marché
À quelques mois de l’entrée en vigueur de la mesure, les premiers effets se font déjà sentir sur les marchés. Craignant des difficultés d’approvisionnement, plusieurs commerçants, grossistes et détaillants se tournent vers les emballages de substitution disponibles, provoquant une hausse de la demande sur un marché encore peu développé.
Dans certains marchés de Conakry, des emballages alternatifs qui se vendaient autour de 3 000 GNF atteignent désormais près de 5 000 GNF. Cette augmentation s’explique autant par l’anticipation des opérateurs économiques que par l’offre encore limitée de produits de remplacement.
Cette situation nourrit des inquiétudes chez de nombreux commerçants, notamment dans l’alimentation, la restauration de rue et le commerce de détail. La hausse du coût des emballages pourrait en effet être répercutée sur les prix de vente et affecter le pouvoir d’achat des consommateurs.
Parallèlement, une partie de la population estime que les alternatives disponibles restent insuffisantes. Bien que les autorités encouragent les sacs réutilisables, les emballages biodégradables et les solutions artisanales locales, ces produits demeurent encore peu accessibles ou inadaptés à certains usages quotidiens. Le défi sera donc de garantir une offre abondante et abordable avant l’entrée en vigueur de l’interdiction.
L’émergence d’un nouveau marché
Au-delà des difficultés à court terme, cette réforme ouvre la voie à de nouvelles opportunités économiques. La disparition progressive des plastiques à usage unique pourrait favoriser le développement d’une véritable industrie locale d’emballages alternatifs.
C’est dans cette optique que la ministre de l’Environnement a également rencontré la Fédération nationale des artisans de Guinée (FENAG) afin de promouvoir les solutions produites localement. Sacs réutilisables en tissu, emballages biodégradables, fibres naturelles, vannerie modernisée ou encore activités de recyclage pourraient progressivement constituer un nouveau segment de l’économie nationale.
Cette transition pourrait également stimuler les investissements dans les secteurs du recyclage, de la transformation des déchets et de l’économie circulaire, tout en générant de nouvelles opportunités d’emplois pour les PME, les artisans et les jeunes entrepreneurs.
Au final, l’interdiction des plastiques à usage unique ne représente pas seulement un enjeu écologique. Elle marque aussi la volonté des autorités de transformer un facteur de pollution et de coûts économiques en levier de création de valeur. Le succès de cette réforme dépendra toutefois de la capacité du marché à fournir rapidement des alternatives compétitives, accessibles et produites localement afin de faire émerger une véritable économie verte en Guinée.






























