Le nouveau seuil de pauvreté absolue, porté à 3 USD par jour, pourrait faire grimper mécaniquement le nombre de pauvres dans plusieurs pays en développement. Une évolution méthodologique qui aura des implications budgétaires, statistiques et politiques, notamment pour les économies africaines.
Par Djibril Diarso
La Banque mondiale a annoncé le relèvement de son seuil international de pauvreté absolue à 3 USD par jour, contre 2,15 USD auparavant. Derrière cette simple mise à jour statistique se cachent des enjeux économiques majeurs. En effet, de nombreux pays en développement, classés à revenu faible ou intermédiaire inférieur, pourraient voir augmenter la part de leur population considérée comme pauvre. Une évolution qui pourrait peser sur les priorités budgétaires et la stratégie d’allocation des financements internationaux.
Les nouveaux seuils introduits par l’institution s’élèvent à 4,20 USD pour les pays à revenu intermédiaire inférieur et à 8,30 USD pour les pays à revenu intermédiaire supérieur. Cette mise à jour s’appuie sur de nouvelles données de parités de pouvoir d’achat (PPA) issues du Programme de comparaison internationale, ainsi que sur l’évolution des seuils nationaux relevés lors des enquêtes sur les ménages. L’ajustement vise à refléter plus fidèlement le coût de satisfaction des besoins de base dans un contexte d’inflation persistante et de changements structurels globaux.
Mais sur le plan économique, cette reclassification pourrait rendre plus complexes les comparaisons entre pays et nuancer les progrès affichés en matière de lutte contre la pauvreté. À titre d’exemple, une hausse du seuil entraîne mécaniquement une augmentation du taux de pauvreté mesuré, sans qu’il y ait nécessairement dégradation des conditions de vie. Pour les États dépendants des aides multilatérales ou devant justifier des résultats auprès de bailleurs, cela pourrait générer de nouvelles pressions.
Par ailleurs, certains économistes critiquent la portée universelle de ces seuils. Lant Pritchett plaide pour une mesure de la pauvreté davantage liée aux niveaux de vie nationaux et aux trajectoires de croissance. D’autres, comme Sabina Alkire, défendent des approches multidimensionnelles intégrant l’accès à la santé, à l’éducation ou à l’énergie.
En toile de fond, cette actualisation rappelle que les outils globaux de suivi de la pauvreté, s’ils restent indispensables à l’échelle mondiale, doivent aussi tenir compte des réalités locales. Car au-delà des chiffres, c’est bien la pertinence des politiques publiques de réduction de la pauvreté qui est en jeu.































