
C’est un tournant décisif que la Guinée est en train de vivre. Le Chef de l’État, Mamadi Doumbouya, a réuni le 19 juin 2026 l’ensemble des acteurs du secteur aurifère autour d’une même table. Objectif : leur signifier clairement que l’heure n’est plus à l’exportation du minerai brut.
Djeneba Sylla
La nouvelle donne est sans appel, l’or extrait du sol guinéen devra désormais être transformé sur place. Et pour concrétiser cette ambition, le pays peut compter sur la raffinerie Nimba Gold Refinery, installée à Gbessia. Cette infrastructure de pointe, capable de traiter quotidiennement 2 000 kilogrammes d’or, avec une montée en puissance possible jusqu’à 4 000 kilogrammes, incarne la volonté présidentielle de bâtir une économie industrielle. Cette décision s’inscrit dans le cadre du programme Simandou 2040, dont l’objectif est de hisser la Guinée au rang de nation industrielle émergente.
L’état des lieux en avril 2026 : l’or représente 62,5 % de l’ensemble des exportations du pays
Les chiffres publiés par l’Institut national de la statistique pour le mois d’avril 2026 parlent d’eux-mêmes et justifient pleinement cette réforme. Sur ce mois, les ventes d’or à l’étranger ont généré 11 680,5 milliards de francs guinéens, pour un tonnage de 9,4 tonnes, en progression de 1,6 % par rapport au mois de mars. À lui seul, ce métal précieux pèse pour 62,5 % dans le total des exportations nationales, reléguant la bauxite à 28,2 % et le fer à 3,9 %. Cinq pays se partagent l’essentiel des achats : l’Italie (36,6 %), l’Afrique du Sud (18,4 %), les Émirats Arabes Unis (14,5 %) et la France (14,3 %), qui concentrent à eux quatre 82,8 % des livraisons aurifères. Sur les quatre premiers mois de l’année, le cumul des exportations atteint 63 484 milliards de GNF, soit une envolée de 68,6 % par rapport à la même période en 2025. Ces données mettent en lumière la domination de l’or dans l’économie guinéenne, mais révèlent aussi une fragilité dont le pays reste tributaire d’une poignée de clients étrangers. Une situation qui rend plus que jamais nécessaire la transformation locale.
Des retombées économiques majeures pour le pays
En raffinant son or sur son propre sol, la Guinée s’offre la possibilité de récupérer la valeur ajoutée qui échappait jusqu’ici aux raffineries installées à l’étranger. Fini le minerai brut expédié sans transformation. Ce changement de modèle garantit que la richesse générée reste dans le pays, avec à la clé une hausse substantielle des recettes fiscales et douanières, et un renforcement durable de la balance commerciale, déjà positive de 3 047 milliards de GNF au mois d’avril. Par ailleurs, la possibilité de constituer des réserves nationales d’or offre à la Guinée un levier supplémentaire pour consolider sa stabilité monétaire et financière.
Une avancée sociale et stratégique pour toute la nation
Au-delà de l’équation financière, le raffinage local porte en lui des promesses pour la population. La raffinerie Nimba gold refinery est appelée à devenir un formidable générateur d’emplois, qu’ils soient directs ou induits, et un vecteur de montée en compétences grâce au transfert de savoir-faire technologiques de haut niveau. Sur le plan stratégique, cette industrie naissante renforce la souveraineté économique du pays, en le protégeant des aléas liés à la concentration de ses débouchés extérieurs. La traçabilité numérique intégrée permet également de lutter efficacement contre la fraude et les circuits illicites. La Guinée tourne ainsi résolument le dos à son passé de simple extracteur de ressources pour embrasser son avenir de nation industrielle, où les richesses du sous-sol profitent enfin à ceux qui les possèdent.






























