Livraison, digitalisation, banque postale et adressage postale, tous les grands chantiers que doit mettre en place, Mamadou Safa Tounkara, DG pour sauver La Poste guinéenne.
Par Habib Tapha Sylla
Quel est le rôle et le périmètre d’action de La Poste guinéenne ?
La Poste guinéenne, opérateur postal exclusif mandaté par la loi, assure des services de courrier, de colis et de logistique pour particuliers et entreprises, à l’échelle locale, nationale et internationale. Avec 74 bureaux répartis sur le territoire dont 4 à Conakry : Almamiyah, Taouyah, Aéroport, Kipé. Ses tarifs de livraison sont calculés selon le poids et la destination. Elle combine accessibilité géographique et solutions postales diversifiées pour répondre aux défis logistiques du pays.
Quel constat dressez-vous du secteur postal guinéen, historiquement délaissé par les politiques publiques ?
Le secteur postal guinéen souffre d’un retard structurel tel que le manque d’investissements et la digitalisation face à l’essor du e-commerce ces dernières années. Sur les 74 bureaux existants, beaucoup ont été spoliés ou sont des bâtiments coloniaux délabrés, certains fonctionnent sans locaux dédiés. Ce patrimoine, globalement en piteux état, reflète des décennies de négligence. Toutefois, une lueur d’espoir émerge : le gouvernement actuel, porté par la volonté du président, ambitionne de transformer La Poste en pilier de l’inclusion sociale et financière, et en moteur du développement socio-économique. Cette vision redonne un cap stratégique à un secteur longtemps relégué au second plan.
A votre venue à la tête de la poste, elle était confrontée à des problèmes de gestion. Comment gérez-vous cette situation ?
C’est vrai, quand je suis arrivé, il y avait déjà des arriérés de salaire. Il y avait une lourde dette fiscale, sociale et a des prestataires. L’argent qui rentrait n’était pas comptabilisé, donc on n’avait pas les recettes réelles. Alors la première chose, c’était de faire un audit organisationnel et de gestion comptable, puis nous avons identifié et sécurisé toutes les recettes, afin de mettre en place des procédures claires et transparentes. Et avec un peu de rigueur, nous avons pu commencer à payer quelques mois d’arriérés de salaires.
Quelles sont les actions que vous avez mises en place pour aligner la poste guinéenne sur les standards internationaux ?
C’est bien sûr d’abord assurer la qualité de nos services. Pour ce faire La Poste guinéenne déploie plusieurs initiatives pour se conformer aux standards internationaux comme réduire les délais de livraison à moins de 15 jours en négociant des partenariats avec Amazon et Alibaba Express, d’ailleurs, nous avançons bien avec Alibaba. Mais le plus urgent est de mettre aux normes les infrastructures de La poste, les rénover ou procéder à leurs extensions et de mette en place l’automatisation des procédures du centre de tri qui prennent en compte l’aspect e-commerce, marketing online, shopping, etc. Nous devons aussi former les employés aux pratiques postales modernes. En parallèle, je travaille avec l’ARPT pour réguler le secteur informel. Ces actions combinées visent à améliorer l’efficacité, intégrer la Guinée dans les réseaux logistiques globaux, et garantir un service sécurisé.
La Poste prévoit-elle des collaborations avec des acteurs locaux pour optimiser le transport des colis ?
Oui, un partenariat avec les transporteurs, notamment les « taxis-motos », est à l’étude. Si nous ne pouvons pas encore gérer tous les types de colis, cette collaboration ciblera d’abord le courrier et les petits paquets, en priorité pour les ministères et entreprises. Notre objectif est de renforcer les services postaux de base tout en générant des emplois stables pour les jeunes.
La Poste guinéenne compte-elle développer des services financiers (épargne, paiement de factures), comme le font de nombreuses postes à l’international ?
Oui, la création d’une banque postale est un projet prioritaire, face à un taux de bancarisation inférieur à 10%. Nous travaillons actuellement sur les termes de référence et un modèle de partenariat public-privé (PPP) pour intégrer ces services. Soutenue par les autorités, notamment la Ministre de la Poste, cette démarche s’appuiera d’abord sur la digitalisation du secteur, préalable essentiel à une inclusion financière pérenne et accessible à tous.

Pourriez-vous partager votre vision finale pour l’avenir de La Poste guinéenne et son rôle dans la transformation socio-économique du pays ?
À l’ère du numérique, où le commerce en ligne supplante progressivement les achats en boutique, la Guinée doit combler son retard en modernisant sa Poste, un levier clé pour créer des emplois tel que des facteurs, agents de tri, conseillers bancaires… et stimuler l’inclusion. Nous devons également élargir l’impact commercial de La Poste via l’innovation, l’investissement et des services numériques accessibles. Notre projet phare est de réaliser un « adressage postal numérique » permettant à chaque citoyen de générer une adresse géolocalisée via une application, révolutionnant les livraisons locales et internationales. Cette avancée technologique, symbole de progrès national, positionnera la Guinée sur la carte des services postaux modernes et inclusifs, tout en offrant des opportunités durables à la jeunesse.






























