En Afrique, la microfinance joue un rôle vital dans l’inclusion financière des populations exclues du système bancaire traditionnel. Pourtant, ce secteur clé pour le développement économique local doit surmonter d’importants défis de financement. Où seulement 23 % de la population guinéenne est bancarisée dont 15 % dans des banques commerciales et microfinances et 8 % détiennent des comptes mobiles money (BCRG), trouver des ressources stables reste un combat quotidien. Rencontre avec Sékou Oumar Diakité, président de l’Association des institutions de microfinance de Guinée, et Directeur de Cofina Guinée qui nous éclaire sur les réalités et les solutions de ce secteur essentiel à l’économie locale.
Par Habib Tapha Sylla
Pouvez-vous nous donner quelques chiffres du secteur de la microfinance ?
Les institutions de microfinance (IMF) sont des acteurs clés de l’écosystème financier guinéen. Nous sommes 17 IMF agréées par la Banque Centrale, avec environ 1 176 000 clients, soit un taux de bancarisation de 8% porté par notre secteur. Nous disposons de 4 500 points de service à travers le pays, ce qui garantit notre proximité avec les populations urbaines et rurales. Près de 517 000 de nos clients sont des femmes, ce qui démontre notre engagement pour l’inclusion financière des femmes.
Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous êtes confrontés à ce jour ?
La principale difficulté réside dans l’accès limité à des ressources. Bien que nous nous refinancions localement via les dépôts des clients et les lignes de crédit des banques commerciales, ces sources restent insuffisantes face à la demande croissante. L’accès au guichet de refinancement de la BCRG nous est encore difficile, et les fonds publics (fonds agricoles, PME, jeunesse) ne sont pas suffisamment orientés vers notre secteur. De plus, la méfiance persistante de certains acteurs économiques envers les IMF limite nos capacités de placement. Je tiens à rappeler que cette diversité de ressources nous permet de financer tous les secteurs économiques : commerce, BTP, agriculture, transport, etc.
Concrètement, que faudrait-il pour que vous mobilisez plus de fonds face à la demande de prêts ?
Deux axes sont prioritaires : l’accès au guichet de refinancement de la BCRG et une meilleure orientation des fonds publics (fonds agricoles, PME, jeunesse) vers les IMF. Nous plaidons également pour un renforcement des partenariats avec les banques.
Quel est le taux de remboursement des prêts ?
Le taux d’impayé est passé de 14% après COVID à 10% en 2023. Cela signifie que 90% de nos clients remboursent leurs prêts, ce qui témoigne de la solidité de notre modèle.
Quels mécanismes assurent le suivi des remboursements ?
Nous combinons suivi de terrain rapproché, éducation financière, digitalisation… Nos agents sont présents dans les marchés et communautés, et nous utilisons des outils comme le Debt Rating Model pour évaluer la solvabilité. La digitalisation via wallet to bank facilite aussi les remboursements.
Comment financez-vous les personnes en zones rurales peu alphabétisées ?
Nous avons des agents multilingues qui expliquent oralement les conditions de crédit. Nous adaptons nos services et faisons preuve de pédagogie, car le non-accès à l’éducation ne doit pas exclure de l’accès aux services financiers.
Pour finir, des conseils à ceux qui veulent financer leur projet via une IMF ?
Commencez tôt avec des petits montants, tenez un registre même simplifié de vos activités, et construisez une relation de confiance avec votre IMF. Cela ouvre la voie à des financements plus importants et à une possible migration vers le secteur bancaire.






























