Située au bord du lac Kivu, la ville de Goma, carrefour stratégique en Afrique centrale, se trouve au cœur d’une crise mêlant enjeux économiques, humanitaires et tensions diplomatiques entre la RDC et le Rwanda. Retour sur une situation critique où conflits armés et accusations internationales se multiplient.
Par Djibril Diarso
Goma est bien plus qu’un simple carrefour commercial. Grâce à ses ressources minières telles que le coltan, l’étain, l’or et le cobalt, la ville joue un rôle clé dans l’économie technologique mondiale. Sa situation géographique, à la frontière du Rwanda et à proximité des grands axes routiers, en fait une cible au cœur des convoitises. En plus de son importance économique, elle est un bastion humanitaire et logistique dans l’est de la RDC. La ville abrite également une importante base de maintien de la paix des Nations unies, des consulats et des organisations internationales qui peinent à venir en aide aux milliers de déplacés fuyant les violences.
Depuis des mois, les combats entre les rebelles du M23 et l’armée congolaise se sont intensifiés, obligeant des milliers de personnes à fuir Goma. Le groupe armé, accusé par Kinshasa d’être soutenu par Kigali, a réalisé des avancées significatives dans le Nord-Kivu. Le gouvernement congolais accuse le Rwanda de financer et d’armer le M23 pour renforcer son influence régionale et accéder aux ressources minières de la RDC. Kigali rejette ces accusations, mais la situation diplomatique s’est fortement dégradée. Les combats incessants mettent en péril les infrastructures locales et la sécurité des habitants. L’aéroport international a été évacué et les vols commerciaux suspendus. Malgré la résistance des forces armées de la RDC et des milices locales, les combats font rage. Selon des témoignages locaux, les M23 ont libérés de nombreux prisonniers et tentent de prendre le contrôle total de la ville de Goma. Les affrontements ont fait plus de 100 morts et près de 1 000 blessés, submergeant les hôpitaux locaux.
Face à cette situation dramatique, le président de la RDC Félix Tshisekedi, s’est exprimé le 28 janvier dans une adresse à la nation. Il a dénoncé une « agression préméditée » orchestrée par le Rwanda à travers le M23 et a appelé la communauté internationale à prendre des mesures fermes pour isoler Kigali. « Le peuple congolais est aujourd’hui victime d’une guerre d’occupation déguisée. Nous ne céderons pas un centimètre de notre territoire. La souveraineté de la RDC sera défendue à tout prix », a-t-il déclaré. Le président a également annoncé un renforcement des alliances stratégiques avec d’autres pays africains pour contrer cette menace de « façon vigoureuse ». Dans le même discours, Félix Tshisekedi a justifié son refus de participer au sommet de Nairobi, estimant que « le temps des discours et des promesses vaines est révolu ». Il a insisté sur la nécessité d’une action concrète et immédiate pour mettre fin à l’impunité du M23 et de ses présumés soutiens.
À la demande de la RDC, une session d’urgence du Conseil de sécurité des Nations-Unies a été organisée le 26 janvier dernier à New York. Lors de cette réunion, la ministre congolaise des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner, a exprimé la profonde déception de son pays face à l’inaction de l’ONU concernant la guerre d’agression menée par le Rwanda contre la RDC, notamment à travers les groupes armés terroristes du M23. « Ce conseil incarne l’espoir d’un avenir de paix et de prospérité. Nous l’appelons à agir de manière décisive et immédiate, en se fondant sur les preuves accablantes présentées dans le dernier rapport du groupe d’experts de l’ONU », a indiqué Thérèse Kayikwamba. L’ONU a dénoncé la présence présumée de milliers de soldats rwandais soutenant le M23. Le secrétaire général António Guterres, a exigé leur retrait immédiat et un cessez-le-feu pour éviter une catastrophe humanitaire dans une région déjà fortement éprouvée. Les Etats-Unis, l’Union africaine et la France ont fermement condamné les agissements du M23, tandis que la Turquie a proposé une médiation, rejetée par la RDC qui préfère « des solutions africaines aux problèmes africains ».
En parallèle, des manifestations anti-Rwanda ont éclaté à Kinshasa, ciblant les ambassades américaines, française et kényanes pour exiger une condamnation internationale. Les analystes avertissent qu’une guerre régionale pourrait éclater si les efforts de médiation échouent.
Face à cette crise, les appels à une résolution pacifique se multiplient. Cependant, tant que le conflit entre la RDC et le Rwanda persiste, Goma restera l’épicentre des enjeux géopolitiques, économiques et humanitaires qui agitent l’Afrique centrale.































