L’éducation et la formation sont des piliers essentiels du développement économique et doivent être accessibles à la majorité des populations dans les pays en développement comme la Guinée. Cependant, selon un rapport de la Banque mondiale sur « le capital humain en Guinée », les adolescents ont un accès limité à l’éducation et à la formation. Cela se traduit par un taux préoccupant de 34 % de jeunes NEET (ni en éducation, ni en emploi, ni en formation), soit environ 611 000 jeunes, dont 420 000 sont des jeunes femmes.
Par Habib Tapha Sylla
Plus d’un tiers des jeunes en Guinée ne sont ni en éducation, ni en emploi, ni en formation (NEET). Le taux de NEET est de 41 % pour les jeunes femmes, contre 25 % pour les jeunes hommes. Cette différence est importante par rapport aux autres pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. Le taux de NEET élevé s’explique par une faible scolarisation à tous les niveaux d’éducation et sont aggravés par des facteurs socio-culturels tels que le mariage précoce et le taux élevé de grossesses précoces chez les adolescentes.
En 2018, 34 % des enfants en âge de fréquenter l’école primaire, 42 % de ceux en âge de fréquenter le secondaire inférieur, et 62 % de ceux en âge de fréquenter le secondaire supérieur n’allaient pas à l’école. D’ailleurs, 37 % des enfants en Guinée dont 42 % des filles et 32 % des garçons n’ont jamais fréquenté l’école.
L’accès à l’éducation préscolaire (maternelle) reste très limité en Guinée
La majorité des enfants de 3 à 5 ans ne vont pas à l’école et près d’un tiers des enfants de 11 ans ne sont toujours pas scolarisés.
La situation est encore plus préoccupante en milieu rural, où 50 % des jeunes femmes sont en situation de NEET, contre 31 % des jeunes hommes.
Ces disparités perpétuent des cycles de pauvreté, aggravent les inégalités entre les sexes et limitent la productivité économique dans un pays où 62 % de la population vit en zone rurale.
Les filles sont significativement plus susceptibles d’abandonner l’école.
Elles sont bien plus exposées au risque d’abandon scolaire, avec un taux brut de scolarisation au secondaire inférieur de seulement 33 %, contre 45 % pour les garçons. De plus, 41 % des filles sont mariées avant 18 ans, et 42 % sont déjà mères à cet âge dans les zones rurales.
Ces facteurs font obstacle à leur capacité de poursuivre leurs études et d’acquérir des compétences essentielles pour leur emploi et leur participation économique future.
La plupart des enfants de 10 ans ne savent pas lire ni comprendre un texte simple
Le taux de pauvreté en apprentissage (qui mesure la proportion d’enfants qui ne maîtrisent pas les compétences de base en lecture et en mathématiques à la fin du cycle primaire) est de 83 % dont 84 % pour les filles et 81 % pour les garçons, ce qui dépasse la moyenne de l’Afrique subsaharienne et d’autres régions du monde. Ce taux indique que la plupart des enfants en Guinée ne savent correctement lire ni comprendre un texte simple à l’âge de 10 ans.
19 % des enseignants du primaire sont mal formés
En Guinée, près de 19 % des enseignants du primaire manquent de compétences de base, notamment en mathématiques. Par ailleurs, plus de la moitié des élèves diplômés du primaire ne maîtrisent pas correctement la lecture.
Le système éducatif rencontre également des difficultés dès le début : seulement 20 % des enfants fréquentent l’école maternelle et 56 % des enfants de six ans sont inscrits en première année (2022), beaucoup commencent l’école mal préparés. Ce manque de préparation précoce entraîne un taux de décrochage élevé, notamment chez les filles.
Ces lacunes expliquent en grande partie la pauvreté en apprentissage en Guinée et signalent la nécessité de réformes profondes.
55 % des élèves du secondaire fréquentent des établissements privés
La faible qualité de l’éducation publique en Guinée pousse de nombreux parents à choisir des écoles privées pour leurs enfants. Ces écoles publiques souffrent souvent d’enseignants non qualifiés, d’infrastructures insuffisantes et de faibles résultats scolaires. Ainsi, 36 % des élèves du primaire et 55 % de ceux du secondaire fréquentent des établissements privés.
De plus, les normes sociales persistantes en matière d’éducation participent également à la faible valorisation de la scolarisation des filles. Les voies alternatives vers l’âge adulte, telles que le mariage précoce, prennent souvent le pas sur l’école lorsque ces facteurs se croisent.
Le manque d’investissement public est l’une principale cause de ce lourd bilan
Le manque d’investissement public est au cœur des difficultés du système éducatif guinéen. Ce faible niveau de financement a engendré des dysfonctionnements structurels, notamment une répartition inégale des enseignants, une formation souvent insuffisante, des budgets scolaires incohérents et un déficit criant en d’infrastructures notamment au niveau du secondaire et en milieu rural.
Les adolescents sont les plus affectés, car ils ne possèdent pas les compétences nécessaires pour participer activement au marché du travail et en tirer pleinement profit à court terme.
La Guinée doit mettre l’accent sur un éventail large de compétences
Selon la note, pour construire une main-d’œuvre productive, la Guinée doit investir dans un large éventail de compétences. Cela inclut les bases essentielles — lecture, écriture, calcul — mais aussi les compétences numériques, techniques et professionnelles, à tous les niveaux d’éducation. Les compétences interpersonnelles, telles que le travail d’équipe, l’adaptabilité et la persévérance, constituent un atout supplémentaire permettant aux jeunes de de s’insérer activement dans l’économie.































