La pluie comme toute autre, est un phénomène naturel. En Guinée, la saison des pluies s’étend de mai à septembre, avec des précipitations particulièrement intenses entre juillet et août. Dans le monde rural, elle est synonyme d’espoir : car l’eau nourrit les sols, relance les cycles agricoles, et remplit les barrages. Par contre dans les villes, notamment à Conakry, elle rime avec angoisse Chaque année, les mêmes scènes se répètent : routes inondées, maisons envahies, vies emportées.
Par Djibril Diarso et Nanfandima Condé
Dès les premières fortes averses, Conakry est paralysée. Les caniveaux débordent, les rues se transforment en rivières, et les habitations précaires cèdent sous la pression des eaux. Des familles perdent tout.
« On a tout perdu cette nuit-là. L’eau est montée jusqu’au lit », témoigne Mariama, mère de trois enfants à Coyah. « Et personne n’a pu nous aider. Il a fallu attendre que la pluie cesse pour tenter de sauver ce qu’on pouvait ».
Les conséquences sont multiples : glissements de terrain, effondrements de bâtiments, propagation de maladies hydriques, déplacements de populations. Pourtant, la pluie est un phénomène naturel. Partout ailleurs dans le monde, elle tombe aussi – et parfois de façon plus violente.
Un phénomène mondial, une fragilité locale
En juin 2024, l’Allemagne et la Belgique ont été frappées par des crues exceptionnelles. En France, chaque été, des régions sont placées en vigilance rouge pour risque d’inondation. Mais la différence, c’est l’anticipation. Là-bas, on construit en tenant compte des flux d’eau, on entretient les réseaux de drainage, on informe et on évacue à temps.
Chez nous, c’est l’improvisation. Pas de plan d’urbanisme respecté, peu de réseaux d’évacuation fonctionnels, une gestion des déchets défaillante.
La responsabilité est aussi citoyenne
A chaque inondation, il est facile de pointer du doigt l’Etat, accusé d’inaction ou de mauvaise gouvernance. Pourtant, la vérité est plus complexe et il est temps de le reconnaitre.
La plupart des caniveaux sont obstrués par des déchets jetés négligemment : sachets plastiques, restes alimentaires, couches usagées.
« Les gens jettent tout dans la rue. Après, quand la pluie emporte leurs murs, ils accusent le gouvernement », observe Alpha, marchand à Madina.
L’incivisme, l’indifférence et le manque de sensibilisation aggravent les effets du climat. La pluie seule ne détruit pas les quartiers. Ce sont nos comportements qui la rendent destructrice.
Une responsabilité partagée
Du côté de L’Etat, de nombreux leviers sont disponibles, notamment l’interdiction de la vente des terrains en zones inondables, l’accompagnement des PME dans la collecte et le recyclage des déchets. Mais aussi réhabiliter les systèmes de drainage et assurer leur entretien, sanctionner les comportements inciviques en imposant des pénalités et surtout, instaurer les cours d’éducation civique jusqu’au Lycée pour ancrer des réflexes citoyens chez les jeunes générations. Pour finir, mettre en place des équipes de contrôle, chargée de veiller à l’application effective des règles en matière d’urbanisme et de salubrité.
La population, pour sa part, devrait adopter une culture citoyenne de la propriété et de la responsabilité en évitant : de jeter des déchets dans les caniveaux, de construire sur les zones à fort risque. Nettoyer régulièrement autour de chez soi et sensibiliser les enfants et les voisins sur l’impact de l’insalubrité.
Et si l’inondation vous surprend ?
En cas d’inondation, coupez immédiatement l’électricité à travers les disjoncteurs, limiter au strict nécessaire le déplacement des enfants et des personnes fragiles. En cas de danger, appelez les la Protection civile au numéro vert 18.
Vivre avec la pluie, pas contre elle
La pluie ne devrait pas être une malédiction. Elle tombe partout dans le monde. Mais ailleurs, elle est anticipée, canalisée et transformée en opportunité. Elle peut être source d’énergie, d’agriculture durable, de verdure urbaine. Mais elle exige une gouvernance responsable, des infrastructures solides et surtout des citoyens engagés.
« On doit arrêter de subir et commencer à prévoir. La pluie n’est pas notre ennemie, c’est notre passivité qui est dangereuse », résume un urbaniste rencontré lors d’un séminaire sur l’assainissement.
Construisons ensemble une Guinée où la pluie n’est plus un danger, mais une chance.































