À 22,2 ans en moyenne, la Guinée a l’un des plus jeunes visages d’Afrique. Les résultats du quatrième Recensement général de la population et de l’habitation (RGPH-4), publiés par l’Institut national de la statistique (INS), dessinent le portrait d’une nation en pleine explosion démographique : 17.521.167 habitants recensés en 2025, avec un taux de croissance annuel de 3,1 % depuis 1996. Derrière ces chiffres se cachent des réalités contrastées entre une jeunesse qui aspire à l’emploi, et une génération de seniors qui racontent l’histoire de l’exil.
Par Mohamed Barry
Une jeunesse massive qui bouscule les équilibres
La photographie statistique est sans appel, près de 80 % des guinéens ont moins de 35 ans. Les moins de 15 ans représentent à eux seuls 42,8 % de la population totale, avec une légère prédominance masculine (44,3 % de garçons contre 41,5 % de filles). Cette jeunesse est le moteur démographique du pays, mais aussi son principal défi.
La répartition sur le territoire révèle des dynamiques contrastées. La région de Kankan arrive en tête des zones les plus peuplées avec 4,1 millions d’habitants (23,5 % du total), suivie par Conakry (3,4 millions) et N’Zérékoré (2,4 millions). À l’inverse, Mamou et Labé ferment la marche avec respectivement 916.000 et 1,2 million d’habitants.
Côté genre, les femmes sont majoritaires, elles représentent 51,8 % de la population, contre 48,2 % pour les hommes.
L’emploi des jeunes, l’équation centrale
Car le défi numéro un de cette Guinée adolescente, c’est le travail. Le Bulletin d’information du marché du travail de l’Observatoire national du travail (ONT) indique qu’en 2025, le taux de chômage global s’établit à 5,2 %. Un chiffre en apparence modeste, mais qui touche plus les jeunes.
Dans un pays où 79,8 % de la population a moins de 35 ans, l’insertion professionnelle des primo-demandeurs d’emploi est devenue une équation centrale pour les pouvoirs publics. Les 15-64 ans, considérés comme la population en âge de travailler, représentent 53 % des guinéens. Les personnes âgées de 65 ans et plus représentent que 4,2 % de la population totale (soit environ 727.000 individus).
Les anciens, génération fantôme de l’indépendance
Mais si la Guinée regarde massivement vers sa jeunesse, les chiffres du recensement invitent aussi à un regard en arrière. Les 65 ans et plus ne sont que 727.487, à peine plus d’un demi-million. Ils représentent 4,2 % de la population.
Nés pour la plupart entre 1938 et 1945, ces hommes et ces femmes ont atteint l’âge adulte à l’aube de l’indépendance de 1958. Ils ont connu l’enthousiasme des premières heures du régime de Sékou Touré, puis très vite les années sombres, la méfiance et la surveillance. Dès les années 1960, beaucoup ont choisi l’exil, amorçant un flux continu de départs qui, pendant des décennies, a vidé le pays d’une partie de sa jeunesse en direction de l’Afrique de l’Ouest, l’Europe et l’Amérique du Nord.
Aujourd’hui, cette génération partie n’est plus tout à fait une génération perdue. Si leur absence se lit encore dans les statistiques des seniors, leurs enfants et petits-enfants reviennent en force sur la terre de leurs ancêtres. Formés à l’étranger, forts de leurs expériences et de leurs réseaux, ils apportent une énergie nouvelle à la Guinée et contribuent, à leur manière au développement du pays.
La Guinée au défi de sa jeunesse
La Guinée de 2026 est donc à la croisée des chemins. D’un côté, une jeunesse nombreuse, impatiente, qui réclame des formations et des emplois. De l’autre, une classe d’âge des seniors réduite, qui témoigne des blessures du passé et de l’exil.
Entre ces deux mondes, les actifs d’aujourd’hui qui ont entre 15-64 ans, qui ne sont que 53 % doivent porter une lourde responsabilité : soutenir à la fois les enfants et les rares personnes âgées, tout en bâtissant l’économie de demain. Un défi que le président le général Mamadi Doumbouya et son gouvernement devront relever. Alors, comment transformer cette jeunesse en véritable moteur de développement ?






























