Aboubacar Soumah appelé One Time est une grande figure de la scène musicale guinéenne. Avec son style mêlant world music et engagement social, il a su marquer des générations grâce à des titres puissants comme N’tondi. Fidèle à sa ligne artistique, il continue de porter des messages forts à travers ses projets. Le dernier en date, un clip sorti le 20 septembre, jour de son anniversaire, où il rend un vibrant hommage à toutes les mères. Dans cet entretien accordé au magazine Eco Business, l’artiste revient sur ses inspirations et sa vision de l’avenir de la musique guinéenne.
Par Nanfadima Condé
Vos morceaux touchent le public par leur authenticité et leurs messages. Quelle est votre source d’inspiration ?
J’ai enregistré une cinquantaine de chansons, et l’album connu : N’tondi. Ma musique est avant tout engagée. Je fais de la world music, mais surtout une musique qui parle des réalités de la société. Mon inspiration vient de la vie quotidienne, parler de ce que nous vivons tous les jours. C’est pourquoi les gens aiment ma musique. Que tu sois à Conakry ou dans un village reculé, tu peux écouter mes chansons et ressentir leur vérité.
D’ailleurs parlons de votre album N’tondi. Comment expliquez-vous ce succès ?
Parce que N’tondi veut dire “je refuse”. Je refuse la médiocrité, je refuse la corruption, je refuse tout ce qui ne mène pas vers la positivité. Cet album a donné une voix à ceux qui veulent avancer. C’est pourquoi il a touché toutes générations confondues.
Quel message transmettez-vous à travers votre dernier tube Iyaitè Kolon ?
C’est une chanson personnelle. Dans ce milieu, quand tu refuses de suivre le désordre, tu deviens un obstacle. Mais moi, je reste fidèle à mes valeurs et surtout à l’éducation reçue par mes parents. Iyaitè Kolon exprime cette authenticité : malgré les conspirations ou la méchanceté, je reste moi-même.
Comment gardez-vous les pieds sur terre malgré le succès ?
Par l’humilité. Quand tu es humble, tu n’as pas de poids sur toi. Je vis comme un citoyen lambda. Mon père m’a dit un jour : “Un avion en haut paraît petit, mais une fois au sol, il devient grand. L’orgueil rend petit, l’humilité rend grand.” C’est ma philosophie.
Si vous avez le pouvoir de changer une chose dans la musique guinéenne, ce serait quoi ?
Créer une véritable industrie musicale. Aujourd’hui, en Guinée, il n’y a pas de maisons de production solides et des structures pour accompagner les artistes. Tout repose sur l’autoproduction. Par exemple, en Côte d’Ivoire ou au Sénégal, il y a une industrie qui fait vivre les artistes. Chez nous, il faut obligatoirement impliquer l’État. C’est pourquoi, il y a urgence de mettre en place des entités pour professionnaliser ce secteur.

Pourquoi dénoncez-vous souvent la médiocrité et la trahison ?
En Guinée, la facilité est trop applaudie. Les jeunes veulent de l’argent sans effort ! Malheureusement, certains chantent juste pour avoir une voiture ou de l’argent. J’ai dénoncé cela dans ma chanson ‘’la Médiocrité’’. A travers cette chanson, je veux pousser les jeunes à entreprendre et à travailler.
Avec quel artiste aimeriez-vous collaborer ?
Il y a en a beaucoup, mais si je dois en citer un, je dirais Stromae. Comme lui, ma mission n’est pas seulement de faire danser, mais surtout d’éveiller les consciences. La musique doit rester un outil festif mais également de sensibilisation.
On dit que vous savez cuisiner ? Pourriez-vous dévoiler votre plate signature à vos fans ?
Oui, j’aime cuisiner. J’ai commencé à cuisiner à l’université pour mes camarades. En Afrique, on dit que la cuisine est réservée aux femmes, mais moi je cuisine et même pour mon père. L’un des plats que j’aime préparer est la sauce boulette. Mais concernant ma plate signature, je refuse de le dévoiler à mes fans (rires).





























