La 2e revue annuelle des établissements publics, présentée le 10 septembre 2026 à Conakry, dresse un état des lieux de leur gouvernance, de leur gestion et de leur performance sur les exercices 2023, 2024 et 2025. Après une première édition en 2017, cet exercice intervient alors que les EPA et EPS représentent une part importante des ressources transférées par l’État et met en évidence plusieurs enjeux liés à leur efficacité.
Par Habib Tapha Sylla
Cette revue, organisée par le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget à travers la Direction générale du patrimoine de l’État et des investissements privés (DGPEIP), porte sur les exercices 2023, 2024 et 2025. Elle constitue la 2e évaluation de ce type après celle réalisée en 2017 et doit entrer dans sa phase de mise en œuvre effective à partir du 1er janvier 2027.
Le diagnostic porte sur un portefeuille de 151 établissements publics recensés en 2026, dont 119 EPA et établissements publics de santé ont été évalués, soit près de 79 % du portefeuille. Ces structures emploient plus de 13 000 agents. et leur poids financier est également significatif. Sur les 6 000 milliards de GNF prévus au titre des transferts budgétaires, environ la moitié est destinée aux EPA et EPS, l’autre moitié étant consacrée au secteur énergétique. Autrement dit, les établissements publics se trouvent au cœur d’une part importante des ressources directement mobilisées par l’État.
La revue met en évidence une vulnérabilité systémique du portefeuille public
Avec 91 établissements sur 119 classés à risque élevé, soit plus des trois quarts des structures évaluées, le rapport met en évidence une vulnérabilité systémique du portefeuille public.
Le problème est notamment institutionnel. Seuls 32 établissements disposent d’un Conseil d’administration fonctionnel, tandis que 83 en sont dépourvus. Six autres sont dirigés par des directeurs généraux par intérim. Le taux moyen de respect des diligences relatives à la gouvernance et à l’obligation de rendre compte n’atteint que 42,2 %.
Ces indicateurs sont importants pour une raison simple, la qualité de la gouvernance conditionne la capacité d’un établissement à planifier, contrôler ses dépenses, suivre ses objectifs et rendre compte de ses résultats. Lorsque ces mécanismes sont insuffisants, le risque n’est pas uniquement administratif. Il devient également budgétaire, puisque l’État continue d’engager des ressources sans disposer partout des mêmes garanties sur leur pilotage et leur performance.
Une initiative qui ouvre la voie à une évolution de la gestion publique
L’élément le plus significatif du rapport réside dans le rapprochement entre le niveau de risque et les montants engagés. Les EPA et EPS absorbent environ 3 000 milliards de GNF de transferts budgétaires. À ce niveau, la question centrale n’est plus seulement celle de l’allocation des ressources, mais celle de leur rendement économique et social.
Pour l’État, chaque transfert devrait pouvoir être rapproché d’objectifs précis, qualité des services, couverture des besoins, productivité des établissements, maîtrise des charges ou encore amélioration des recettes propres lorsque cela est pertinent.
La revue ouvre ainsi la voie à une évolution de la gestion publique, car passer progressivement d’une logique où les établissements sont principalement financés pour fonctionner à une logique où les ressources sont davantage associées à des objectifs, des indicateurs et des résultats mesurables.
Toutes fois, cela ne signifie pas que les établissements publics doivent, tous être soumis aux mêmes critères. Un hôpital, une agence administrative ou un établissement à vocation économique, n’ont évidemment pas les mêmes missions. Mais chacun doit pouvoir démontrer la cohérence entre les ressources qui lui sont affectées et les résultats attendus.
Du diagnostic à une nouvelle discipline budgétaire
La véritable valeur de cette revue dépendra de ce qui sera fait de ses conclusions. La mise en œuvre prévue en 2027 devra notamment permettre de suivre les recommandations, de mesurer les progrès et d’identifier plus rapidement les établissements nécessitant des mesures correctives.
Le défi sera donc de transformer cet exercice d’évaluation en outil de pilotage budgétaire. Car avec un portefeuille de 151 établissements, plus de 13 000 agents et plusieurs milliers de milliards de francs de transferts, l’amélioration de leur gouvernance peut avoir un effet direct sur la qualité de la dépense publique.






























