
Du 8 au 10 juin, au Pavillon By ISSA à Conakry, se tiendra la Semaine du financement des entreprises guinéennes, un événement placé sous l’égide du ministère de l’Industrie et du Commerce. Porté par Mamady Dioubaté, Directeur général du FODIP, cet événement inédit veut lever les freins et créer des rencontres concrètes entre entrepreneurs et financiers. L’objectif est ambitieux : faire du financement un véritable levier de transformation pour nos PME. Dans cet entretien exclusif, Mamady Dioubaté nous éclaire sur les enjeux, les solutions et les résultats attendus de cette semaine décisive pour l’avenir économique de la Guinée.
Par Nanfadima Condé
Pourquoi avoir initié la Semaine du financement des entreprises guinéennes ?
Deux jours après ma prise de fonction, un entrepreneur est entré dans mon bureau avec quinze ans de travail, une promesse de contrat signée et un besoin de financement pour acheter des machines. Huit banques guinéennes lui avaient dit non. Le contrat est allé à un concurrent mieux financé, et deux cents emplois directs n’ont jamais été créés. J’entends cette histoire chaque semaine, sous des formes différentes. Cela m’a convaincu qu’il ne suffisait pas de créer de nouveaux instruments financiers : il fallait d’abord organiser la rencontre entre ceux qui offrent du financement et ceux qui en ont besoin. La SFEG est née de ce constat. C’est la première fois en Guinée qu’un dispositif aussi complet permet aux entrepreneurs et aux financeurs de se retrouver en face-à-face, dans un cadre structuré, avec un seul objectif : concrétiser des financements.
Quelle problématique concrète cet événement vient-il résoudre ?
Trois problèmes simultanément. Premier problème : la rencontre. Banques et PME évoluent dans des univers parallèles, elles ne se connaissent pas. La SFEG crée physiquement cet espace de rencontre structurée. Deuxième problème : la lisibilité. L’offre de financement en Guinée est fragmentée entre banques commerciales, fonds publics, partenaires techniques, IMF, fonds régionaux. Personne n’en avait fait la cartographie complète. La SFEG la publiera officiellement, pour que chaque entrepreneur sache ce qui existe et comment y accéder. Troisième problème : la préparation. Beaucoup de dossiers sont rejetés non parce que les projets sont mauvais, mais parce qu’ils sont mal présentés. Nous avons coaché les cinquante PME sélectionnées pour qu’elles arrivent avec des dossiers structurés et un pitch clair. C’est ce travail préparatoire qui transforme la SFEG en un marché du financement réel, pas en une simple conférence.
Cet événement est-il unique ou s’inscrit il dans une dynamique durable ?
La SFEG 2026 n’est pas un événement ponctuel mais la première édition d’un rendez-vous appelé à devenir incontournable dans l’agenda économique guinéen, à l’instar du SARA en Côte d’Ivoire ou du Forum de la PME de Dakar. Cette ambition s’inscrit dans la vision portée par la ministre de l’Industrie et du Commerce, Fatima Camara, dont l’engagement pour le secteur privé et la transformation industrielle crée les conditions d’une dynamique nouvelle. Chaque édition mesurera des progrès concrets : nombre d’entreprises financées, évolution du gap de financement, nouveaux instruments et réformes efficaces. La SFEG deviendra ainsi un mécanisme durable de suivi et d’accélération, et l’on dira dans dix ans que juin 2026, sous l’impulsion des autorités et grâce à la vision de la ministre, a marqué un tournant décisif pour le financement des entreprises guinéennes.

Les lignes de crédit existent mais restent sous-utilisées. Quels freins et quelles solutions ?
Trois freins coexistent. Le premier est structurel : les garanties exigées par les banques comme l’ immobilier, actifs matériels sont inaccessibles pour la majorité des PME guinéennes. La solution est le renforcement des mécanismes de garantie : le FGPE, les contre-garanties de la BAD et de PROPARCO, et les fonds régionaux présents à la SFEG comme le FAGACE, le FONGIP et le FGSP Mali. Le deuxième frein est informationnel : les entrepreneurs ne savent pas que des instruments existent, et les banques ne savent pas que des entrepreneurs sérieux existent. La SFEG publie la cartographie et organise la mise en relation directe. Le troisième frein est technique : beaucoup de dossiers sont rejetés car ils ne respectent pas les standards attendus. Nous avons travaillé avec un cabinet spécialisé pour préparer les cinquante PME à pitcher leur projet devant un banquier. Ce coaching change la nature des rencontres.
Quelles sont les principales parties présentes au forum ?
La SFEG réunit plus d’acteurs financiers que jamais en Guinée. Côté national : la BCRG, ECOBANK, AFG Bank, BNIG, Afriland First Bank, ACCESS Bank, UBA, le FGPE, les IMF membres de l’APIM. Côté délégations étrangères et régionales : le FAGACE, le Fonds de Solidarité Africain, le FONGIP Sénégal, le FGSP Mali, la SGPME de Côte d’Ivoire, l’ADPME Bénin. Côté partenaires internationaux : la Banque Africaine de Développement, ENABEL, le PNUD, le FIDA, la Coopération italienne, l’AFD Guinée. Côté fonds d’investissement : Gola Capital, Afrik Finances, Cauridor USA, Bloomfield Corporation, Skaletek USA. Et côté institutionnel : le Premier Ministre, la Ministre de l’Industrie et du Commerce, la Ministre de l’Économie, le Gouverneur de la BCRG, Rio Tinto SimFer, la Delivery Unit du programme Simandou 2040, la CCIAG et la CGE-GUI. Au total, plus de cinq cents participants sur trois jours et une vingtaine de délégations étrangères.
Au-delà des panels, quels résultats concrets sont attendus ?
Quatre résultats précis et mesurables. Premier résultat : la publication officielle de la cartographie nationale des instruments de financement disponibles en Guinée, un document de référence qui n’existait pas. Deuxième résultat : la signature publique d’engagements de financement lors de la cérémonie du 10 juin tel que conventions, lettres d’intention, accords de partenariat signés devant les autorités et la presse. Ce ne sont pas des promesses, ce sont des actes formalisés. Troisième résultat : chacune des cinquante PME sélectionnées ressorte avec un financeur identifié et intéressé par son projet. Pas nécessairement un accord signé le jour même, mais une relation bancaire amorcée et un dossier en cours de traitement. Quatrième résultat : le lancement du Club des Financeurs de l’Entreprise Guinéenne, un mécanisme pérenne qui prolonge la dynamique au-delà de l’événement.
Existe-t-il un objectif chiffré d’engagement financier ?
Je serai honnête : nous n’avons pas fixé publiquement d’objectif chiffré global, parce que nous ne voulons pas transformer la SFEG en exercice de communication autour de chiffres dont nous ne maîtrisons pas la réalisation. Ce qui compte, c’est la qualité et la réalité des engagements, pas leur volume annoncé. Ce que je peux dire, c’est que les cinquante PME sélectionnées ont des besoins allant de cinquante millions à plusieurs milliards de GNF. Le potentiel est considérable. Mais le vrai indicateur de succès, ce n’est pas le montant annoncé le 10 juin, c’est le montant effectivement décaissé dans les six mois qui suivent.

La création du Club des Financeurs : objectifs, composition, premières actions ?
Le Club des Financeurs est probablement l’héritage le plus durable de la SFEG 2026. Il réunit sous l’égide du FODIP, de manière permanente et structurée, l’État, les banques commerciales, les fonds d’investissement, les partenaires techniques et les représentants du secteur privé. Sa mission est claire : suivre l’exécution des engagements pris lors de la SFEG, lever les obstacles persistants et alimenter en continu le dialogue entre les entreprises guinéennes et leurs financeurs. Concrètement, le Club se réunit trimestriellement, produit un rapport annuel public sur l’état du financement des PME en Guinée, et veille à ce que les dossiers engagés pendant l’événement aboutissent réellement. Les membres fondateurs sont les institutions qui auront signé des engagements lors de la cérémonie du 10 juin.
Modalités pratiques pour participer à la SFEG ?
Pour les PME, la sélection pour les Deal Rooms s’est faite via un appel à manifestation d’intérêt lancé en mai 2026. Cinquante entreprises ont été choisies sur des critères de maturité du projet, de secteur et de besoin de financement. Une partie des places a été réservée aux entreprises accompagnées par le programme FIERE BOOST d’ENABEL et aux lauréats du programme de développement des sous-traitants de Rio Tinto. Pour les participants généraux tel que les entrepreneurs, investisseurs, porteurs de projets auront l’accès aux panels, au Village du Financement et aux espaces de networking est ouvert sur inscription. Les informations sont disponibles auprès du FODIP à info@fodip.gov.gn et sur www.fodip.gov.gn. Pour les institutions financières souhaitant un stand, des emplacements de 9 m² et 18 m² sont disponibles.































