
Le samedi 11 juillet au soir, la dépouille de Hadja Andrée Touré est arrivée à l’aéroport international Ahmed Sékou Touré de Conakry, en provenance du Maroc. Membres du gouvernement, hauts cadres de l’État, délégations du PDG-RDA, autorités religieuses, proches et anonymes se sont massés sur le tarmac pour accueillir celle qui fut la première dame de la Guinée indépendante. Une prière funéraire a été dirigée par le ministre secrétaire général des Affaires religieuses, Elhadj Karamo Diawara, conformément aux directives présidentielles, dans une atmosphère de recueillement et d’émotion.
Le lendemain, la Nation a rendu un ultime hommage à celle qui a marqué son histoire. Au Palais du Peuple, un symposium a réuni dès 9 heures le Premier ministre Amadou Oury Bah, les membres du gouvernement, le corps diplomatique et les représentants des institutions, aux côtés de la famille Touré conduite par son fils Mohamed. Après la prière mortuaire à la Mosquée Fayçal, le cortège a gagné les Cases de Belle-Vue pour l’inhumation. Le président Mamadi Doumbouya, présent à chaque étape, a donné le premier coup de pelle sur la sépulture, implorant la miséricorde divine avant que la terre ne recouvre à jamais celle qui aura traversé les tourments de la Guinée avec une dignité inaltérable.
Née Marie-Andrée du Plantier en 1934 à Kankan, fille d’un médecin militaire français et d’une mère guinéenne, elle incarnait à elle seule le métissage et la complexité de l’histoire ouest-africaine. Épousant en 1953 Ahmed Sékou Touré, alors jeune syndicaliste enflammé, elle devient la compagne de route de l’homme qui allait mener la Guinée vers l’indépendance en 1958. Aux côtés du « Père de la nation », elle traverse les décennies glorieuses du panafricanisme triomphant, mais aussi les années de plomb et les tensions diplomatiques qui isolent Conakry sur la scène internationale. Son destin bascule brutalement le 26 mars 1984, lorsque la mort de son mari ouvre la voie à un coup d’État militaire : arrêtée avec son fils unique, **Mohamed Touré**, elle passe quatre années de détention avant d’être condamnée aux travaux forcés et contrainte à l’exil au Maroc puis au Sénégal.
Elle effectue un retour discret mais symbolique en Guinée en l’an 2000, où elle s’installe définitivement et consacre ses dernières forces à la préservation de la mémoire de son époux. Jusqu’à ses derniers instants, elle n’a cessé de défendre l’héritage d’Ahmed Sékou Touré, en publiant des mémoires et en participant à des colloques historiques, quitte à raviver les polémiques sur le bilan contrasté de la révolution guinéenne. Son fils, Mohamed Touré, longtemps exilé et devenu homme d’affaires entre la Côte d’Ivoire et le Maroc, s’est rendu à son chevet dans les derniers jours, avant de regagner Conakry pour organiser les obsèques, qui devraient rassembler personnalités politiques, dignitaires religieux et simples citoyens venus rendre un dernier hommage à celle qui fut, pour beaucoup, « la mère courage » d’une Guinée éternellement en quête d’elle-même.































