L’Institut national de la Statistique (INS) a présenté, le 2 juillet 2026 à Conakry, les résultats de la 6e Enquête Démographique et de Santé (EDS-VI), réalisée en collaboration avec le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique. Véritable photographie des conditions de vie des populations, cette enquête met en évidence des progrès encourageants dans plusieurs domaines de la santé, tout en rappelant l’ampleur des défis auxquels le pays reste confronté.
Par Habib Tapha Sylla
L’étude a porté sur 8 000 ménages répartis sur l’ensemble du territoire national, dont 7 779 ont effectivement été enquêtés, soit un excellent taux de réponse. Près de 11 000 femmes âgées de 15 à 49 ans, des hommes éligibles ainsi que plusieurs milliers d’enfants ont été interrogés afin de produire des indicateurs représentatifs aux niveaux national, régional et selon le milieu de résidence.
Parmi les principaux enseignements figure la poursuite de la baisse de la fécondité. L’indice synthétique de fécondité est désormais estimé à 4,7 enfants par femme, traduisant une transition démographique progressive. Cette évolution constitue un signal positif pour le développement économique, puisqu’une baisse du nombre moyen d’enfants par femme peut, à terme, favoriser une meilleure allocation des ressources des ménages, un investissement accru dans l’éducation des enfants et une participation plus importante des femmes au marché du travail. Toutefois, cette transition demeure inégale, les zones rurales affichant toujours des niveaux de fécondité, nettement supérieurs à ceux observés dans les centres urbains.
L’enquête met également en évidence des avancées dans la prise en charge de la santé maternelle. Près de 80 % des femmes ayant donné naissance au cours des 5 dernières années, ont bénéficié de soins prénatals de qualité. Dans le même temps, les accouchements réalisés dans les structures sanitaires continuent de progresser, tandis que les accouchements à domicile reculent progressivement. Ces évolutions traduisent une amélioration de l’accès aux services de santé et devraient contribuer à réduire les risques de complications pour les mères et les nouveau-nés.
Une mortalité infantile qui reste préoccupante
Malgré ces progrès, les résultats de l’EDS-VI soulignent que la Guinée continue de faire face à des défis sanitaires majeurs.
Le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans atteint 95 décès pour 1 000 naissances vivantes, un niveau largement supérieur à la moyenne mondiale, estimée autour de 37 décès pour 1 000 naissances vivantes. La mortalité néonatale demeure également élevée avec 32 décès pour 1 000 naissances vivantes, plaçant encore la Guinée parmi les pays les plus touchés en Afrique de l’Ouest.
Le rapport souligne également que les besoins non satisfaits en matière de planification familiale restent importants. L’utilisation des méthodes contraceptives modernes demeure insuffisante, ce qui entretient une forte pression démographique et complique les efforts visant à améliorer la santé maternelle et infantile.
Autre sujet de préoccupation : la vaccination. Seuls 26 % des enfants âgés de 12 à 23 mois ont reçu l’ensemble des vaccins de base conformément au calendrier vaccinal national, laissant une grande partie des enfants exposés à des maladies pourtant évitables.
Les services essentiels, un défi pour le développement
Au-delà des indicateurs sanitaires, l’EDS-VI met en lumière les profondes disparités qui persistent dans l’accès aux infrastructures de base.
Seulement 43 % des ménages disposent d’un accès minimal, à une source améliorée d’eau potable. Les installations d’assainissement répondant aux normes minimales, ne concernent que 34 % des ménages, tandis que 39 % seulement ont accès à l’électricité. Ces disparités restent particulièrement marquées entre les zones urbaines et rurales.
Ces insuffisances constituent autant de freins à la transformation économique du pays. L’accès limité à l’eau potable et à l’assainissement favorise la propagation des maladies hydriques, augmente les dépenses de santé et réduit la productivité des populations. De même, le déficit d’accès à l’électricité limite le développement des activités économiques, la création d’emplois et l’amélioration des conditions d’apprentissage.






























