L’argent ne manque pas en Guinée. Les fonds d’investissement, les banques de développement et les investisseurs privés affluent, attirés par le potentiel du pays et des projets structurants comme Simandou. Pourtant, un paradoxe persiste : une grande partie de ces capitaux repartent sans avoir été investis. Non pas par manque d’idées, mais par manque de dossiers crédibles.
Par Lamine Camara
Prenons l’exemple de cet investisseur basé à Dubaï, porteur d’un fonds de 10 millions de dollars, qui a passé six mois en Guinée à la recherche de projets à financer. Il a rencontré des entrepreneurs passionnés, porteurs de belles idées et de réelles opportunités. Des projets viables, créateurs d’emplois, dans l’agroalimentaire, les services ou les énergies renouvelables. Mais à chaque fois, le scénario s’est répété. Au moment de passer de l’intention à l’action, de fournir les documents, de monter le business plan, de structurer la demande de financement, les porteurs de projets ont disparu. Non pas par mauvaise volonté, mais parce que l’exercice s’est révélé trop complexe, trop technique, trop chronophage. Finalement, après six mois d’efforts, l’investisseur est reparti pour Dubaï, son fonds de 10 millions de dollars intact.
Ce phénomène est malheureusement fréquent. Les études sur le sujet le confirment : en Guinée, 70 % des PME qui sollicitent un financement bancaire n’obtiennent qu’un financement partiel ou essuient un refus. Parmi ces refus, la moitié est directement liée à l’insuffisance de dossiers solides. Les porteurs de projets manquent souvent de fonds propres un verrouillage pour 90 % des PME guinéennes mais aussi d’informations financières fiables et de business plans convaincants.
L’enjeu n’est donc pas seulement de trouver des financements. Il est d’abord d’accompagner les entrepreneurs pour qu’ils soient en mesure de les capter. Cela suppose un travail de fond sur la formation, le conseil, le suivi. Et pourtant les dispositifs d’accompagnement existent comme des incubateurs, guichets d’information, programmes de mentorat… mais ils restent insuffisamment développés et coordonnés.
Car la Guinée a besoin de ses entrepreneurs. Le pays regorge de talents, d’idées et d’opportunités. Mais pour transformer cette énergie en projets concrets et bancables, un effort collectif est indispensable. Il ne suffit pas d’attirer les capitaux. Il faut aussi préparer le terrain pour qu’ils trouvent leur terre d’accueil.





























