Le Trésor public de Côte d’Ivoire affiche une bonne santé et ne cache pas sa satisfaction lors de sa revue de direction à mi-parcours, tenue le 9 juillet 2026 à Abidjan. la direction générale a présenté des chiffres qui font rêver dont plus de 416 milliards de F CFA réglés en six mois à des milliers de prestataires, dans des délais records. Pendant que notre voisin ivoirien se targue d’une gestion transparente, notre rédaction recueille, en Guinée, la détresse des entrepreneurs locaux.
Par Mohamed Barry
Trop souvent, ces derniers se plaignent de contrats signés avec l’État guinéen qui ne sont difficilement soldés. Pour honorer leurs missions, beaucoup ont dû recourir à des emprunts bancaires dont la dette initiale s’alourdit d’agios, transformant un simple contrat en un fardeau. Dans l’attente d’un paiement qui se fait attendre, ils se sentent réduits à un processus de mendicité, là où il ne devrait s’agir que de l’exécution normale d’un engagement républicain.
À Abidjan, l’ambiance était à la célébration. Le Directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique, Ahoussi Arthur, a dressé un bilan plus que positif pour le premier semestre 2026. L’institution a réglé la somme de 416,98 milliards de F CFA à 2 870 fournisseurs et prestataires de services, sur une prise en charge globale de 545,74 milliards de F CFA, représentant un taux d’apurement de 76,41 % . Ces paiements ont été effectués dans un délai moyen de seulement 36 jours, un exploit qui témoigne du respect des engagements de l’État.
Mais la performance ne s’arrête pas là car en matière de recettes fiscales et non fiscales, le Trésor ivoirien a largement dépassé ses objectifs. Avec une prévision de 49,64 milliards, il a récolté 98,31 milliards de F CFA, soit un taux de réalisation de 198,04 % . Le directeur général s’est également réjoui des avancées numériques, notamment le déploiement de la plateforme TrésorPay-TrésorMoney . Cette initiative, qui permet aux citoyens de payer leurs services publics sans se déplacer et assure la traçabilité des fonds, vise à réduire l’utilisation des espèces et à lutter efficacement contre la corruption. Ces résultats s’inscrivent dans la continuité des efforts de l’année 2025, où le Trésor ivoirien avait déjà réglé 1 556,9 milliards de F CFA à 6 721 fournisseurs dans le délai réglementaire de 90 jours.
En Guinée, un calvaire pour les entrepreneurs
De l’autre côté de la frontière, le constat est différent. La rédaction recueille régulièrement les témoignages d’entrepreneurs guinéens asphyxiés par l’impayé de l’État, les entreprises guinéennes se heurtent à un mur. Elles réalisent des missions pour le compte de l’État, souvent en contractant des emprunts auprès des institutions bancaires pour financer les charges et l’avance des travaux. Mais une fois la prestation livrée, le paiement se fait attendre, parfois pendant des mois, voire des années.
Durant cette période d’attente, les agios des emprunts bancaires s’accumulent, venant grever le montant initial du contrat et plonger les entreprises dans une spirale de surendettement. Les entrepreneurs se décrivent alors comme des « mendiants ». Le témoignage d’un directeur d’entreprise de BTP en dit long sur la situation : « Presque chaque semaine je suis au Trésor. Des promesses, rien de concret. Les agios bancaires s’accumulent… Je me sens comme un mendiant » Ce système de paiement dysfonctionnel tue l’élan entrepreneurial guinéen surtout ceux qui ne bénéficient pas de relations privilégiées avec les décideurs publics. En l’absence de traçabilité et de numérisation efficace des paiements, le processus reste opaque, favorisant la corruption et laissant les prestataires sur le carreau.
La comparaison entre les deux Trésors publics est édifiante. D’un côté, la Côte d’Ivoire, qui voit dans la performance financière et la lutte contre la corruption un levier de développement grâce à la digitalisation, et de l’autre, la Guinée, où les fournisseurs de l’État sombrent. Pour libérer le tissu entrepreneurial guinéen, il est urgent d’accélérer les réformes de modernisation des finances publiques déjà entamé. Bien que la mise en place de plateformes de paiement électronique soient déjà opérationnelles, la dématérialisation des processus et la lutte acharnée contre la corruption sont des prérequis indispensables pour garantir que l’État guinéen honore ses dettes et redonne vie à l’économie nationale.






























